Limiter les champs d’action pour rester efficace
Le président français a lié les conditionnalités sociale et environnementale mais il apparaît que si elles étaient associées à un travail décent, le champ d’action deviendrait alors trop vaste pour des résultats effectifs. De plus, chacune des conditionnalités implique des acteurs différents.
Selon l’OIT, le travail décent met en jeu les conventions fondamentales et les normes internationales du travail, l’emploi, la rémunération, la protection et la sécurité sociales, le dialogue social et enfin le tripartisme.
C’est donc un vaste chantier qui peut limiter la lisibilité d’une conditionnalité sociale.
Le rapport tripartite « Green jobs : towards decent work in a sustainable, low-carbon world 2008 », plaide en faveur d’une économie mondiale orientée vers un environnement associé au travail décent – ce qui est une orientation à soutenir – mais soulève des interrogations qui ne permettraient pas d’aboutir à des résultats réels dans des délais raisonnables.
Les entreprises ne recherchent pas les pays où les normes fondamentales ne seraient pas appliquées
Concernant les échanges internationaux et les normes fondamentales du travail, l’OCDE expliquait en 2000 que « « rien ne permet de penser que les pays dépourvus de normes rigoureuses soient un havre pour les sociétés étrangères qui chercheraient à se ménager un avantage concurrentiel par ce biais ».
Cela n’est pas étonnant car ce qui importe, c’est l’efficience de la chaîne de fabrication d’un produit, de sa conception à sa fabrication. L’époque où les pays développés concevaient les produits sur leur sol national et faisaient exécuter les tâches de production les plus simples dans des pays appelés alors « en voie de développement », est révolue. Aujourd’hui, une technicité associée aux formations est indispensable à la réalisation de produits même basiques car c’est alors la chaîne complète qui est délocalisée.
Par contre, la question des salaires reste essentielle mais elle ne relève pas des 8 normes fondamentales. C’est un sujet important pour tous y compris pour les pays en développement, car les salaires sont un élément de compétitivité et de pénétration des marchés occidentaux.
Il y aurait un danger d’une forme de protectionnisme si la conditionnalité sociale fixait des objectifs difficiles à atteindre.
Des objectifs fixés par accord tripartite : les acteurs directs et l’OIT
Les normes fondamentales restent inaliénables mais les différences culturelles ne doivent pas être balayées au nom d’une approche unilatérale de la conditionnalité sociale. Celle-ci doit se limiter à quelques parties prenantes : un Etat ou l’Europe en tant que personnalité juridique, vis-à-vis d’un Etat tiers et l’OIT via son Bureau International du Travail (BIT) qui pourrait être signataire d’un tel accord et non pas seulement, un « consultant – contrôleur ».
La présence des partenaires sociaux pourrait s’exercer via l’OIT, ce qui permettrait d’avoir des acteurs connaissant déjà la problématique des échanges internationaux et des normes du travail.
Les objectifs ne peuvent être déterminés que par rapport au cas traité. Et même pour les normes fondamentales, l’application doit être personnalisée selon les Etats. En effet, de nombreux pays ont signé les conventions fondamentales mais ne les respectent pas.